Gaude

Reseda

Elle teint tout, la gaude – soie, lin, coton, laine – avec joie! Tapie au sol à l’aube de sa vie, elle s’élève l’année suivante comme une grande gigue des talus, un peu gauche – mais quelle brillance, après! C’est entière qu’elle se donne à sécher, puis hacher – tiges, fleurs, graines et tout – pour libérer sa lutéoline, principe mutin issu de son autre nom, reseda luteola. Prenez ce don en respect: au Néolithique, elle colorait déjà des cités lacustres, se trouvait en Palestine au début de l’ère chrétienne, orne encore de grands kilims dans l’est de l’Anatolie. Tristement elle teinta aussi cette folie historique: la distinction par le jaune. Ainsi en 849 le calife al-Mutawakkil décréta trier les Chrétiens et Juifs des Musulmans; ainsi en 1215 le concile de Latran voulut distinguer les Juifs et Sarrazins des Chrétiens. Cette discrimination ne fut abolie en France qu’en 1791 – mais elle resurgit sur une étoile il y a moins d’un siècle… Ainsi les couleurs blessent parfois, signifient toujours, symbolisent. Elles pâlissent, aussi – comme les jaunes des tapisseries médiévales, affaiblis, qui laissent les prairies virer au bleu. Pour mieux fouler les nues?

Text: Odile Cornuz
Illustration: Anne-Marie Lendi

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