Garance

Madder

La garance règne sur le rouge végétal – mais de manière souterraine, en longues racines ramifiées. De votre hauteur vous n’en verriez que les feuilles vert clair, les fleurs jaune-vert, puis les baies noires et brillantes. Rien de très intense? Pourtant plus bas, plus loin se pressent les composantes aux noms incantatoires: alizarine, pseudopurpurine, munijitsine, nordamnacanthal, ou autre anthragaloll… Les racines s’extraient, s’étuvent, se battent, se vannent, se frottent, se tamisent. Moulues, elles deviennent poudre précieuse, colorant puissant et résistant. Des textiles de lin en Egypte ancienne aux foires sous le règne du roi Dagobert, les rouges de garance voyagent, passant même par les Indiens MicMac et les fiers Maoris. En malayam, garance se dit chayaver, soit « la racine qui fixe la couleur » – alors qu’en latin elle se disait rubia, du rouge ruber. Mais Garance, c’est aussi un prénom – vous avez raison! Arletty dans Les Enfants du paradis le porte fort bien. Prévert lui fait même dire « j’adore ça, la liberté » – ce qui est une excellente réplique, mais aussi une vérité brute carmin.

Text: Odile Cornuz
Illustration: Anne-Marie Lendi

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