Cochenille

Cochineal

Penchez-vous sur le cactus et voyez ce qui vit là: un parasite blanc sachant se défendre contre prédateurs et piquants. Le rose, intérieur, attend sa révélation. Ça remonte à loin, très loin, aux Précolombiens… La cochenille s’accroche, grandit, avance sur six pattes, se couche, fait son nid, porte ses œufs: voici l’intensité colorée. Les mâles chétifs meurent, les femelles portantes sont récoltées. On les bout, on les sèche, on les broie et voilà, miraculeuse, une poudre rose. Généreuse, elle teintera vos onguents, vos yaourts, vos œufs ou vos vêtements – tandis que sur les figuiers de Barbarie, le cycle reprend. Les mâles éclosent puis fécondent la prochaine génération. Ils engrossent et ça décime, pour le rose de ces dames et messieurs. Chapeau les parasites! Quant à vous, appréciez-la profondément, cette couleur née du carnage – elle vous va comme un gant.

Text: Odile Cornuz
Illustration: Anne-Marie Lendi